Caroline Derumigny propose une série de 12 laboratoires annuels de psychogénéalogie avec un premier atelier consacré au génogramme, cette carte intime de la lignée qui se trace papier-crayon en main. Retour sur deux heures d’apprentissage, de questions et de partages avec une trentaine de participants venus de toute la francophonie.

Elle vous donne rendez-vous tous les mois en deux temps, un premier « pratico-pratique » et un second enrichi d’un regard croisé professionnel, pour explorer thématique par thématique tout ce que l’arbre familial peut révéler : les prénoms, les métiers, les maladies, les couples, les places, les schémas répétitifs… Un véritable cheminement de l’année, pensé pour celles et ceux qui veulent comprendre leur histoire en profondeur, à leur propre rythme.

Un cheminement sur 12 mois, 12 thématiques

Ces laboratoires sont pensés comme un véritable parcours : 12 rendez-vous mensuels pour explorer ensemble la psychogénéalogie, chacun consacré à une thématique précise. Entre chaque atelier, les participants préparent, observent, élaborent, comme on prépare un cabinet de thérapie avant la séance. Caroline précise d’emblée le ton :

« On n’arrive pas dans un laboratoire comme on arrive en thérapie sans s’être préparé. Mais c’est un travail tous ensemble, on s’enrichit les uns des autres. »

Pour ouvrir le bal, Caroline a choisi le pilier de toute pratique psychogénéalogique : le génogramme. L’atelier s’est structuré en trois temps : dessiner, observer, analyser.

Papier et crayon, pas de logiciel

Premier principe posé par Caroline, et il n’est pas anodin : le génogramme se construit à la main. Un logiciel pourra venir plus tard, pour mettre au propre. Mais dans le travail thérapeutique, on n’attend pas du propre.

« Ce qui est intéressant, c’est comment vous allez utiliser votre stylo, vos ratures, vos déplacements. Parfois vous allez prendre plus de place pour le côté paternel, parfois pour le maternel. La forme que prend l’arbre raconte déjà quelque chose. »

Caroline avoue elle-même avoir cinq ou six génogrammes de sa propre famille, faits à différentes étapes de sa vie. Car un génogramme évolue avec celui qui le trace. Et un détail symbolique fort : on ne jette jamais un génogramme à la poubelle. On le brûle. « On parle des gens. C’est comme une photo, on en fait quelque chose, on la transforme en énergie. »

La convention : poser les bases d’un langage commun

Pour pouvoir lire et relire son arbre, il faut une convention claire. Caroline propose la sienne : ronds pour les femmes, triangles pour les hommes, le père toujours à droite, la mère à gauche. Mais elle insiste : « Si vous préférez des carrés, faites des carrés. Le tout, c’est de vous y tenir. »

Sur cette base, on vient placer chaque membre : soi, ses frères et sœurs, ses parents, ses grands-parents, ses arrière-grands-parents. On inscrit prénoms, dates de naissance et de décès, lieux, métiers, mariages, divorces. Et ce que la lignée vivante a parfois cherché à oublier : les fausses couches, les IVG, les IMG (interruptions médicales de grossesse), les grossesses extra-utérines, les œufs clairs — tout ce qui a existé, même brièvement.

« Dans un coup d’œil, vous devez avoir des repères. Comme la couverture d’un livre. »

Commencer par la symétrie

Conseil méthodologique précieux : au début, on travaille en symétrie. Même si du côté du père il y a 13 enfants et que du côté de la mère il n’y en a que trois, on commence par équilibrer la feuille. Cette rigueur initiale permet au cerveau de poser ses repères. Une fois la technique apprivoisée, on pourra laisser l’arbre prendre la forme qu’il veut et c’est cette forme libre qui parlera.

Caroline compare ce travail à la pratique sportive : « On ne commence pas par 30 km. On commence par 2 km et on grandit petit à petit. » Une feuille A4 suffit largement pour démarrer.

Et quand on n’a pas (ou plus) de famille ?

C’est une question qu’on lui pose souvent. Personnes nées sous X, enfants ayant grandi en foyer, en familles d’accueil, ou ayant coupé tout lien avec leur lignée biologique : comment faire ? Caroline propose plusieurs voies.

La première : tracer la famille qui a accueilli, en pointillés ou en couleurs différentes. Car l’énergie psychique de la famille qui a élevé une personne joue automatiquement un rôle dans son développement. « On n’est pas là pour rien, et l’histoire dans laquelle on s’est trouvé n’est pas là pour rien non plus. »

Et même quand on possède un arbre complet, Caroline propose un exercice complémentaire d’une grande puissance : le génogramme des substituts affectifs. Sur un squelette vierge, on place les figures importantes de sa vie d’aujourd’hui comme les amis, les mentors, les collègues, comme s’ils étaient nos parents, nos frères et sœurs, nos enfants symboliques.

« On a souvent plus vécu sans notre famille qu’avec. C’est intéressant d’aller repérer ce qui se rejoue constamment à travers nos propres choix. »

Répéter ou s’opposer : les deux faces du même schéma

L’une des observations les plus éclairantes : face à un héritage familial, il n’existe que deux postures inconscientes. Soit on répète, soit on fait totalement l’inverse. Caroline donne l’exemple d’une personne, élevée dans une certaine sévérité paternelle, qui a fait de ses enfants des « enfants rois », l’opposé exact de ce qu’il avait reçu.

Dans les deux cas, on reste dans la cascade traumatique. La vraie libération ne se trouve ni dans la répétition, ni dans l’opposition, mais dans la conscience de ce qui se joue.

Mettre en couleurs : faire émerger ce qui se cachait

Une fois le squelette posé, on vient l’habiller. Caroline propose un code couleurs personnel mais cohérent :

  • Une couleur pour les maladies (et leurs répétitions à travers les générations),
  • Une autre pour les noms de famille en majuscules (qui révèlent parfois des résonances inattendues),
  • Une autre pour les métiers (et leurs sublimations),
  • Une autre pour les modes de naissance (césarienne, forceps, cordon, prématurité),
  • Une autre pour les liens d’affection ou de conflit entre les personnes.

L’œil, soudain, voit. C’est ce que Anne Ancelin Schützenberger appelait le choc émotionnel : cette libération qui peut se produire juste en posant le regard sur ce qui n’avait jamais été regardé d’ensemble.

La cascade traumatique sur quatre générations

Caroline introduit ici un concept central : le trauma se transmet sur quatre générations. Quand vous repérez une maladie chez vous, ce n’est pas forcément vous qui en êtes le nœud. Vous pouvez être le 2e, le 3e ou le 4e maillon d’une cascade qui remonte plus loin.

Elle donne un exemple concret : une arrière-grand-mère violée pendant la guerre peut déclencher un cancer du col de l’utérus. Son fils peut développer un problème de prostate. Quant à la petite-fille, elle peut rencontrer des difficultés à concevoir, des fibromes, des kystes ovariens. Vous n’êtes pas « le problème » : vous êtes l’héritier d’une histoire à dénouer. Attention, ceci ne reste qu’une possibilité de lecture, il en existe d’autres et surtout, il ne faut en aucun cas se substituer à un avis médical. Ici, nous regardons simplement ce que pourrait exprimer la maladie, quel trauma viendrait-il mettre en lumière.

« Ce qui vient vous posséder ne vous appartient pas forcément. C’est de quoi vous êtes construit. »

L’ancêtre référent : on en a 8 à 12

Beaucoup pensent qu’on a un ancêtre référent. Caroline corrige : « On en a en moyenne entre 8 et 12. » Chaque problématique de vie active un ancêtre différent. Un problème d’abandon ? Une arrière-grand-mère peut résonner. Un problème professionnel ? Un autre référent peut émerger du côté paternel.

L’ancêtre référent se trouve généralement à la quatrième génération au-dessus du gros nœud traumatique même si tout le long, nous pouvons remarquer une cascade. C’est là qu’on remonte pour comprendre quel syndrome a pu causer le symptôme.

Conscience et prise de conscience : l’histoire de Toscane

Un moment particulièrement émouvant de l’atelier : Caroline partage à nouveau l’histoire de la naissance de sa fille Toscane. Elle savait l’histoire de sa mère, laissée chez sa nourrice à 18 mois. Elle avait conscience. Mais à la naissance de sa fille, impossible de quitter une pièce. Pleurer en courant pour aller poser les poubelles à dix mètres. Le sentiment d’être démembrée, ce mot est précieux car il souligne un membre, qui est aussi un membre de famille. C’est dans les paroles ou les actes que nous pouvons comprendre ce qu’il se joue réellement et leur donner une réelle existence. L’inconscient est un langage. Écoutez-le !

« Il y a une différence entre conscience et prise de conscience. Le génogramme est aussi là pour ça : prendre conscience en plus d’avoir conscience. »

Un participant lui demande : « Prendre conscience, c’est ressentir ? » La réponse fuse : « Oui. Ma fille elle-même est un acte symbolique. Elle est venue me mettre en conscience corporellement ce que je n’avais pas pris conscience. »

Poser sa question : le pouvoir de la formulation positive

Avant d’entrer dans l’analyse, Caroline insiste sur un détail capital : la formulation de la question que l’on pose à son arbre. En haut du génogramme, Caroline aime utiliser le vert, la couleur de la guérison, on inscrit la problématique. En PNL, on la formule toujours positivement.

Au lieu de « je veux arrêter de fumer » (qui contient arrêter et fumer, deux mots négatifs), on dit « je souhaite mieux respirer ». Au lieu de « j’en ai marre de rencontrer des hommes toxiques », on formule : « je souhaite réhabiliter le masculin à une place plus belle ».

« On n’est pas là pour accuser les gens. Ils ont fait leurs choix avec leurs moyens de survie. On est là pour redorer quelque chose. »

Quand l’homéostasie familiale se déstabilise

Caroline prévient avec lucidité : faire un génogramme déstabilise la famille. Tout le monde vivait dans un équilibre, et soudain quelqu’un vient soulever ce qui était posé. Cela ne plaît pas toujours. Mais c’est nécessaire à la re-création d’une nouvelle homéostasie, plus saine.

Elle met aussi en garde : ne pas vouloir convaincre sa mère, son père, sa tante. On fait ce travail pour soi. Et c’est en se transformant soi-même que l’on change la position des autres dans le système : ses propres enfants, son conjoint, ses frères et sœurs s’ajustent naturellement.

« Si elle ne choisit pas de savoir, il n’y aura pas grand-chose qui changera pour elle. Mais vous, vous allez vous comporter différemment avec vos enfants et vos parents. Et ça, ça joue. »

Le génogramme comme acte symbolique

À la fin de l’atelier, Caroline propose une définition lumineuse : le génogramme est en lui-même un acte symbolique. Tracer ces lignes, c’est matérialiser ce qui n’était jusque-là que du verbe et des histoires racontées.

Un confrère psychanalyste qu’elle aime citer parle de « psychanalyse appliquée ». L’expression lui plaît, car elle dit exactement cela : travailler sa généalogie, sa psychologie et son inconscient à travers quelque chose que l’on rend matériel.

« Prenez le génogramme comme une carte mémoire de votre famille. Plus vous savez, moins vous avez de difficultés à repérer à l’intérieur de vous-même. »

Pour aller plus loin

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« On n’est pas là pour déterrer les morts. On est là pour atteindre une libération, parce qu’on aura pris conscience. Et il n’y a pas de plus grande liberté que de savoir les choses. »

Caroline Derumigny

Psycho-analyste clinicienne, j'accompagne avec bienveillance et écoute ceux qui traversent des difficultés, grâce à une approche thérapeutique intégrative et holistique. Forte d'une longue expérience dans le secteur médico-social, je m'appuie sur le lien corps-esprit pour vous aider à mobiliser vos propres ressources. Je suis également formatrice, consultante accessible en Langue des Signes Française (LSF), et auteure de Des racines et vous (2022) et Le Livre des secrets de famille (2025).