Pour compléter le laboratoire de ce premier mois, Caroline Derumigny a choisi d’être accompagnée de Fabien Larue, généalogiste professionnel, l’occasion de croisée deux regards complémentaires : la quête de sens de la psychogénéalogie et la rigueur de la recherche généalogique dans les archives. Deux heures pour apprendre à tisser les liens visibles et invisibles de sa lignée.

Du génogramme au génosociogramme : mettre l’arbre en chair

En psychogénéalogie, on ne construit pas un arbre d’un seul coup. Caroline rappelle les trois étapes fondamentales de ce travail de dentelle : on pose d’abord un squelette symétrique, on le transforme en génogramme (en y ajoutant prénoms, dates, métiers), puis on l’élève au rang de génosociogramme en y traçant les liens affectifs, les répétitions et les synchronicités.

« On vient repérer qu’il y a des naissances qui vont correspondre avec des morts. On vient chercher des dates de synchronicité dans les conceptions, des résonances dans les lieux ou dans les métiers. »

L’outil principal reste la main. Exit les logiciels froids et parfaits : le crayon est le prolongement de soi. Un acte manqué, une rature, une inversion entre un rond (symbole féminin) et un triangle (symbole masculin) ne sont jamais anodins. Ce sont des portes d’entrée vers l’inconscient.

La convention graphique : créer sa carte mémoire

Pour lire son arbre, il faut s’y retrouver. Caroline invite chacun à choisir sa propre convention graphique et son code couleur (par exemple, le vert pour les maladies, symbolisant l’espoir de guérison). L’important est de s’y tenir.

On y inscrit les vivants, les morts, mais aussi ceux qui n’ont fait que passer : fausses couches, interruptions médicales de grossesse (IMG). On note également la place des parrains et marraines, souvent choisis inconsciemment pour pallier une faille ou remplacer symboliquement un parent défaillant. Pour les personnes adoptées ou nées sous X, l’arbre s’adapte : on intègre les substituts parentaux, car la famille affective structure tout autant que la biologie.

« Votre génosociogramme sera votre carte mémoire de la famille. C’est quelque chose de vivant qui n’a jamais de fin. »

La méthode du généalogiste : de la mémoire aux archives

C’est ici qu’intervient Fabien Larue. Là où la psychogénéalogie pose des hypothèses, la généalogie pure vient chercher des preuves. Il propose une méthode en trois temps : se souvenir et noter, interroger les vivants, puis chercher dans les archives.

Et les archives regorgent de trésors bien au-delà de l’état civil classique (naissances, mariages, décès) :

  • Les recensements : Pour visualiser la cellule familiale à une époque donnée (qui vivait sous le même toit, avec quels domestiques ou apprentis).
  • Les archives militaires (Série R) : Les fiches matricules dévoilent le parcours des soldats, mais aussi leur description physique (couleur des yeux, taille, cicatrices) et leur niveau d’instruction.
  • Les archives notariales (Série E) : Contrats de mariage et inventaires après décès permettent de reconstituer le niveau de vie, le mobilier, et même la couleur des draps de nos ancêtres.
  • La justice (Série U) et le médical : Divorces, condamnations, adoptions, ou encore dossiers d’hôpitaux psychiatriques, essentiels pour comprendre les failles du système familial.

« Les archives personnelles (photos, livrets militaires, lettres) sont les plus riches, ne les jetez par pitié jamais ! » rappelle Fabien.

L’alliance des deux disciplines : donner du sens aux faits

La magie de ce laboratoire réside dans l’aller-retour constant entre les deux experts. Fabien trouve un prénom usuel différent du premier prénom sur l’état civil ; Caroline y voit une volonté inconsciente de se détacher d’un héritage. Fabien exhume un mariage hâtif ; Caroline y lit une grossesse « hors cadre » venue bousculer l’homéostasie familiale.

L’objectif n’est pas de juger, mais de comprendre. Les secrets de famille, abordés en fin de séance, ne sont pas des malédictions ésotériques. Ce sont des événements (un deuil, un abandon, un avortement clandestin) qui ont modifié le comportement d’un aïeul, créant une onde de choc émotionnelle, une cascade traumatique, qui redescend jusqu’à nous.

Le mot de la fin : interroger son arbre

Une fois l’arbre esquissé, Caroline invite à un temps d’introspection. Face à cette fresque familiale, quelle est votre sensation ? De l’étouffement ? De l’ancrage ? Quelle question souhaitez-vous poser à votre lignée ?

« Prenez un cahier de brouillon, crachez tout ce que vous avez : la joie, la peine, la peur. C’est un temps de réappropriation de soi. »

Pour aller plus loin

🛍️ Envie d’aller plus loin à votre rythme ? Retrouvez dans l’Espace Boutique des outils inspirés de la pratique de Caroline, pensés avec cœur pour accompagner votre chemin : L’Espace Boutique.

📖 Découvrez Le livre des secrets de famille aux éditions Jouvence, pour prolonger ce travail à travers une balade hypnotique au cœur de votre lignée.

🌿 Prenez rendez-vous pour un accompagnement individuel, au cabinet ou en ligne : Prise de RDV.

Caroline Derumigny

Psycho-analyste clinicienne, j'accompagne avec bienveillance et écoute ceux qui traversent des difficultés, grâce à une approche thérapeutique intégrative et holistique. Forte d'une longue expérience dans le secteur médico-social, je m'appuie sur le lien corps-esprit pour vous aider à mobiliser vos propres ressources. Je suis également formatrice, consultante accessible en Langue des Signes Française (LSF), et auteure de Des racines et vous (2022) et Le Livre des secrets de famille (2025).