Il était une fois une maman qui avait cousu, pendant trois jours et trois lunes, un manteau sur mesure pour sa fille.
Elle était si fière de le lui offrir. Elle avait passé tant de temps à le confectionner. Elle y avait mis tout son amour.
Le jour de son septième anniversaire, elle le lui offrit. Il était juste à sa taille.
La petite fille était si heureuse, un très beau manteau pour la tenir bien au chaud. Il était si beau, confectionné par Maman.
Au fil des années, la petite fille grandissait. Mais le manteau, lui, ne s’agrandissait pas. Elle tirait parfois sur les manches pour essayer de les rallonger, sur les pans pour tenter de gagner quelques millimètres.
Mais cela ne faisait que l’abîmer un peu plus. Pourtant, elle le portait encore, jour après jour… Elle songeait à sa maman. Que dirait-elle ? Aurait-elle de la peine si elle osait l’enlever ? L’aimerait-elle encore ?
Les années passèrent et les coutures commencèrent à craquer. Le tissu se tendait et s’usait. Les boutons menaçaient d’éclater sous la pression de son corps qui changeait.
Quand elle se regardait dans un miroir, elle commençait à entrevoir qu’il y avait quelqu’un sous ce manteau. Elle… Elle avait oublié qui elle était. Peut-être même ne l’avait-elle jamais vraiment su. Qui serait-elle sans cette enveloppe ?
D’ailleurs, personne ne l’avait jamais réellement vue, car le manteau était si confortable. Elle s’y sentait si bien, si habituée. Et les années continuaient de défiler.
La petite fille était devenue une jeune femme. Le manteau, lui, était presque devenu une seconde peau. Il semblait collé à sa chair. Il commençait à lui gratter la peau, mais la jeune femme avait toujours beaucoup de peine et de mal à le quitter.
Un jour, les picotements devinrent trop forts, trop insupportables. Alors, avec délicatesse, elle ôta le manteau et commença à soigner sa peau qui suintait en dessous.
Pendant trois jours et trois lunes, elle se pansa.
Puis elle alla rendre visite à sa vieille mère et, en la remerciant, lui rendit ce si beau manteau qui l’avait tenue si longtemps bien au chaud.
La vieille femme ne la reconnut pas tout de suite. Mais qui était cette femme sans son manteau ? Était-ce sa fille revenue plus tôt ?
Ensemble, elles parlèrent pendant trois jours et trois lunes. Elles se confièrent des secrets de couturières et se racontèrent des histoires de manteaux, tous plus chauds les uns que les autres.
…
Merci à ma patiente, qui m’a inspiré ce conte.
Lors de mes accompagnements, il m’arrive souvent de proposer à mes patients une version métaphore de leur histoire.
Et cela devient même une habitude
“Vous voyez, c’est comme si…”
À partir des métaphores qui émergent en séance, nous donnons ensemble une autre forme à leur vécu. Les images et les symboles permettent parfois d’approcher avec plus de douceur (parfois des pleurs, d’autres fois des rires) ce qui est difficile à dire, d’ouvrir de nouvelles compréhensions et de donner du sens à certaines étapes de leur cheminement.
Avec son accord, car même si l’histoire est symbolique, cela reste une partie de son vécu, nous partageons aujourd’hui ce conte dans l’espoir qu’il puisse trouver un écho auprès de vous, pour vous accompagner dans votre propre histoire et, peut-être, éclairer une partie de votre chemin.
Et si tel est le cas, c’est grâce à elle !
