Les données sur l’épigénétique permettent d’évoquer des traces biologiques possibles liées aux expositions et au stress, mais pas d’établir qu’un événement vécu par un ancêtre explique à lui seul le symptôme d’un descendant. Le « décodage biologique », lui, peut être présenté comme une lecture symbolique ou clinique exploratoire, et non comme une causalité médicale.
En visitant les souterrains de la ligne Maginot et en regardant ces masques à gaz, je n’ai pas seulement pensé à la guerre.
J’ai pensé aux familles et aux générations, tout ce qui se transmet d’une époque à l’autre, parfois par les récits, parfois par les silences, parfois par les comportements… et peut-être aussi, dans certaines limites que la recherche continue d’explorer, par des mécanismes épigénétiques.
Quand respirer devient dangereux
Imaginez un instant ce que peut représenter le fait de vivre dans un monde où respirer peut devenir dangereux, ou retenir son souffle devient une question de survie, ou l’on craint l’air extérieur et que l’on ressent constamment sa poitrine se serrer. Un monde où l’on doit se protéger pour respirer… Tiens donc, ça me rappelle vaguement un souvenir d’il n’y a pas si longtemps… Comme si l’histoire se répétait encore…
« Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre. »Winston Churchill
Vivre avec l’idée que l’environnement peut devenir toxique, menaçant, voir irrespirable, sans savoir combien de temps cette situation va durer.
Interroger l’histoire familiale autour du souffle
En psychogénéalogie, lorsque je rencontre dans un arbre familial des problématiques autour du souffle, des poumons ou de la respiration, je peux aussi aller regarder l’histoire qui entoure ce symptôme.
Au sens propre comme au sens figuré, je m’interroge et j’interroge le patient sur son histoire. Voici, quelques questions non exhaustives, d’autres sont posées spontanément sur l’instant et surtout en relation direct avec tout le contenu et son anamnèse, donc là c’est un partage en « gros ».
Qu’a-t-on respiré dans cette famille ?
De quoi a-t-il fallu se protéger ?
À quel moment a-t-on manqué d’air ?
Qu’est-ce qui était devenu « irrespirable » ?
Qui a vécu la peur de mourir étouffé, gazé, enseveli, enfermé ?
Quels métiers ont exposé les générations précédentes aux poussières, fumées, gaz ou produits toxiques ?
Et quelles histoires de guerre, d’exil, d’incendie, de maladie, de quarantaine, de couveuse, ou de confinement appartiennent à cet arbre ?
Un symptôme respiratoire reste avant tout un symptôme médical
Attention, cela ne signifie évidemment pas qu’un asthme, une bronchite chronique ou une maladie pulmonaire serait « causé » par l’histoire familiale. Un symptôme respiratoire reste avant tout un symptôme médical qui nécessite une lecture et, si besoin, une prise en charge médicale.
Mais ce que je dépose ici est une réflexion dans un travail transgénérationnel : « À quoi ce symptôme vient-il éventuellement faire écho dans votre histoire et/ou celle de votre famille ? »
Ce que l’épigénétique nous invite à considérer
L’épigénétique nous apprend aujourd’hui que l’environnement peut influencer l’expression de certains gènes et que les conséquences biologiques d’expositions ou de stress peuvent être complexes. Elle nous invite donc à sortir d’une vision dans laquelle l’individu commencerait uniquement avec sa propre histoire.
Il est important de prendre en compte que nous arrivons avec un héritage biologique, familial, affectif, culturel et social. Et c’est là que je trouve la psychogénéalogie passionnante : elle ne cherche pas nécessairement à dire « votre ancêtre a vécu cela, donc vous avez ce symptôme », mais plutôt à ouvrir un espace : « Regardons ce qui s’est passé avant vous… et voyons si quelque chose résonne encore aujourd’hui dans votre quotidien, dans vos maux, dans vos choix de vie… »
Parce que travailler son arbre familial, c’est remettre à chaque génération ce qui lui appartient…pour pouvoir, symboliquement, recommencer à respirer avec ses propres poumons.
Le symptôme n’est pas une preuve, mais il peut être une piste
Sinon, imaginez comme ce serait presque trop facile : « Vous avez de l’asthme ? Cherchons l’ancêtre qui a manqué d’air ! » Et on tomberait vite dans une forme de déterminisme transgénérationnel qui enferme davantage qu’il n’éclaire.
Alors n’oubliez pas, le symptôme n’est pas une preuve, mais il peut être une piste. On ne cherche pas à faire entrer le corps de force dans l’arbre généalogique ; on regarde simplement si l’histoire familiale apporte un éclairage supplémentaire, parmi le médical, le psychique, l’environnemental, le biologique et l’histoire propre du sujet.
La psychogénéalogie est une grille de lecture parmi d’autres, elle ne doit jamais être comme une explication toute-puissante d’une vérité.
