Il était une fois un chien qui mourait de faim.

Un jour, il se dit qu’en se déguisant en loup, il atteindrait plus facilement ses objectifs. Alors il revêtit son apparat et partit en quête d’une brebis.

Une bien belle brebis, une bien tendre, une qui semblait si délicieuse sous ses dents.

Derrière son déguisement, le faux loup la regardait avec avidité. Ses yeux brillaient non d’amour, mais d’appétit. Pourtant, la brebis ne voyait pas la faim dans son regard. Elle y voyait de l’admiration. Elle se sentait choisie, convoitée et surtout unique à ses yeux.

Sous ses yeux, elle se trouvait plus belle que jamais. Un regard qu’elle n’avait jamais eu auparavant même pas de son berger. 

À force d’être regardée ainsi, elle finit même par oublier qu’elle était une brebis. Dans ses rêves, elle devenait une louve : forte, libre, puissante.

Mais cela ne durait que le temps d’un instant car à chaque rencontre, le faux loup ne faisait que lui arracher un morceau d’elle-même. Il la croquait un peu, puis s’en allait. Il en gardait toujours pour le lendemain, quand il aurait de nouveau envie d’elle. 

Et la brebis, elle, restait là, pauvre de son âme.

Au fil du temps, elle y laissa sa laine, puis sa peau, puis jusqu’à ses os.

Un jour, avant que cela ne soit trop tard, une ancienne brebis du troupeau lui parla… et elle comprit enfin une chose :

La compagne du loup n’est pas une brebis qui rêve d’être une louve. C’est une louve. Et elle lui fit ouvrir les yeux sur celui qu’elle admirait tant qui n’était même pas un loup. 

Un loup, un vrai ne mange que des ongulés sauvages comme des chamois, des chevreuils et aussi des espèces plus petites comme les marmottes ou les lièvres. La réalité est que les troupeaux sont victimes de chiens divaguants. 

Et lui, il en était un. Il n’était qu’un chien de la casse, un bâtard affamé, caché derrière une peau qui n’était pas la sienne.

Alors, tu dois savoir ma belle que ceux qui cherchent à te consommer ne sont pas toujours aussi puissants qu’ils voudraient bien te le faire croire.

 

Merci à ma patiente, qui m'a inspiré ce conte. 
Lors de mes accompagnements, il m'arrive souvent de proposer à mes patients une version métaphore de leur histoire.
Et cela devient même une habitude
« Vous voyez, c'est comme si... »
À partir des métaphores qui émergent en séance, nous donnons ensemble une autre forme à leur vécu. Les images et les symboles permettent parfois d'approcher avec plus de douceur (parfois des pleurs, d'autres fois des rires) ce qui est difficile à dire, d'ouvrir de nouvelles compréhensions et de donner du sens à certaines étapes de leur cheminement.
Avec son accord, car même si l'histoire est symbolique, cela reste une partie de son vécu, nous partageons aujourd'hui ce conte dans l'espoir qu'il puisse trouver un écho auprès de vous, pour vous accompagner dans votre propre histoire et, peut-être, éclairer une partie de votre chemin.
Et si tel est le cas, c'est grâce à elle !
Caroline Derumigny

Psycho-analyste clinicienne, j'accompagne avec bienveillance et écoute ceux qui traversent des difficultés, grâce à une approche thérapeutique intégrative et holistique. Forte d'une longue expérience dans le secteur médico-social, je m'appuie sur le lien corps-esprit pour vous aider à mobiliser vos propres ressources. Je suis également formatrice, consultante accessible en Langue des Signes Française (LSF), et auteure de Des racines et vous (2022) et Le Livre des secrets de famille (2025).